Aux petits soins des dessins de Lesueur
Publié le 21 septembre 2020
Découverte des coulisses de la restauration d’œuvres comptant parmi les plus précieuses du Muséum : les dessins de Charles-Alexandre Lesueur. La restauration des œuvres constitue une composante essentielle du travail de conservation du patrimoine. Parmi les quelque 8 000 dessins et manuscrits de la collection Lesueur, les priorités de restauration concernent les œuvres destinées à être exposées. L’actualité de cette collection, régulièrement sollicitée, demeure riche : exposition au musée d’Orsay, présentation au Muséum à l’occasion de la saison australienne en 2021, ainsi que préparation d’une future exposition permanente… une suite à évoquer ultérieurement.
DES DESSINS HORS-NORMES
En Australie ou encore aux États-Unis, Charles-Alexandre Lesueur (1778-1846) est connu et reconnu pour la qualité de ses dessins naturalistes et carnets de voyage, récits dessinés lors de ses expéditions.
La précision et la finesse du trait, la justesse des détails et la vivacité des couleurs, donnent à ses dessins un réalisme saisissant. Son travail à la loupe apporte à ses dessins un relief singulier, et il n’hésite pas à peindre avec des pinceaux extrêmement fins - deux ou trois poils seulement - pour représenter le plus fidèlement possible la fourrure d’un kangourou ou d’un lémurien, ou encore les tentacules d'une méduse.
Vieux de plus de 200 ans, les papiers ont subi avec le temps des dégradations : de l’acidité à la lumière en passant par l’accumulation de poussières, autant de facteurs qui fragilisent le papier et menacent la pérennité des œuvres.
Afin de rendre hommage au caractère exceptionnel de ces trésors artistiques et scientifiques, et de pouvoir les exposer prochainement aux yeux du grand public, des campagnes de restauration sont régulières sur l'ensemble du fonds.
Les dessins sont confiés à deux restauratrices spécialisées dans la restauration d’œuvres sur papier. Retour étape par étape, sur cette restauration !
Lesueur associe sur ce dessin des animaux de plusieurs origines géographiques : Madagascar, île Maurice et Australie. Leurs identifications sont notées dans un carnet de François Péron : "Gecko madagascariensis, Gecko gelatinosus, Gecko loncurus, Gecko jacksoniensis, Gecko verticillatus, Gecko cepedianus". Les détails au crayon associés aux animaux peints à l’aquarelle décrivent leurs pattes, leurs écailles et la région anale.
Étape 1 : le nettoyage
Gomme et scalpels à la main, les gestes n’en restent pas moins légers et minutieux. Dans les mains expertes des restauratrices, le papier est assaini et les processus de dégradation limités.
À l’aide d’une brosse douce, d'un chiffon microfibre et d’une gomme, le papier est dans un premier temps nettoyé de la poussière accumulée et les matériaux acides éliminés.
Dans un souci de protection, le dessin a parfois été collé sur un support secondaire dont la composition chimique peut se révéler néfaste. Les points de collage ont provoqué des tensions, des déformations et des plis dans le papier. On procède alors à l’élimination des adhésifs et des anciennes charnières pour résorber ces altérations.
Etape 2 : la consolidation
Au risque qu’elle ne s’agrandisse, une déchirure ou une lacune est consolidée grâce à l’ajout d’une petite pièce par le verso, teintée de la couleur du papier d’œuvre, mais dans un ton en-dessous pour que cette pièce ajoutée soit toujours visible. Il s'agit d'un principe de restauration qui dicte qu'une intervention doit toujours être visible et réversible.
Étape 3 : la presse
Afin de lui assurer une bonne stabilisation, le papier est ensuite mis à plat sous presse entre des buvards et des cartons, où il va sécher entre 15 jours et 3 mois.
Étape 4 : le montage
FAUSSE-MARGE.
Le dessin est monté en fausse-marge. Dans une feuille de papier, une fenêtre est ouverte à la taille exacte du dessin, et les deux sont associés par des bandelettes de papier japonais très fines. Ce montage répartit les tensions et permet au dessin de ne plus être touché.
Le montage permet en outre de répartir les tensions sur l'ensemble de l'oeuvre et d'obtenir une une bonne planéité, mais aussi de ne plus ajouter de colle sur le dessin lui-même.
PASSE-PARTOUT.
L’ensemble est ensuite inséré dans un « passe-partout » ou « marie-louise » : un montage en carton dans lequel est ménagée une deuxième fenêtre biseautée. Les matériaux utilisés présentent un pH basique.
Le montage en passe-partout, rigide, offre plusieurs avantages :
Le dessin ne peut pas subir de pli accidentel
L’épaisseur du passe-partout protège la couche picturale (pas de transfert de pigment, pas de frottements)
Ce montage offre au regard l’ensemble du dessin
Le vieillissement à la lumière sera homogène sur l’ensemble du dessin
Le dessin peut être exposé sous cadre ou être conservé en réserve dans une boite, à l’abri de la lumière
Toutes les opérations de restaurations sont réversibles. Trois heures de travail en moyenne sont consacrées à chaque dessin.
On notera que le travail de restauration n'implique jamais, ou très rarement, une intervention sur la couche picturale. Ce qui est restauré, c'est vraiment le papier d'oeuvre, une nuance importante car on pourrait volontiers imaginer le restaurateur "refaire" le dessin !
UNE EXPOSITION SOUS SURVEILLANCE
Autres ressources
Nos éditions
Charles-Alexandre Lesueur