Anita Conti, les femmes en Sciences
Publié le 21 avril 2018
Coup de projecteur sur l’une des grandes femmes du XXème siècle
L’océan… jusqu’au bout des doigts !
Née le 17 mai 1899, peu de choses destinent Anita Caracotchian à devenir l’un des plus grands témoins et spécialistes des océans et de la pêche au XXème siècle. Elle est issue d’une famille aisée - un tantinet décalée par rapport à la bourgeoisie française de l’époque - où la curiosité est érigée au rang de vertu. De racine arménienne, elle rejoint Istanbul avec sa famille, alors située dans l’Empire Ottoman (l’actuelle Turquie). Elle est alors âgée de 12 ans. Là-bas, elle découvre les splendeurs du Bosphore et de la Mer Noire. Revenue en France à l’orée de la Première Guerre mondiale, elle vit une enfance paisible, loin des combats et des souffrances. En compagnie de son frère, elle navigue sur un petit voilier et découvre tour à tour, le plaisir de la mer et les merveilles des livres. C’est donc dès l’adolescence que cette passion de la mer se développe et la pousse parfois à s’embarquer pour de courtes sorties sur les navires des pêcheurs locaux. Pour cette femme, la mer n’est jamais loin.
Néanmoins, en 1930, c’est par sa maîtrise de la reliure d’art qu’elle se fait un nom. Elle partage donc sa vie entre son atelier et le grand large. Anita embarque pour les saisons à bord des chalutiers de Boulogne et des harenguiers de Dieppe, ou encore les saisons de pêche à la morue au large de l’Islande, en compagnie de marins bretons. Cette activité se traduit par des notes, des observations, puis par des articles et publications. Bientôt, elle préfère mettre un terme à son métier de relieuse d’art qu’elle considère comme un « luxe inutile » et se tourne définitivement vers l’océan.
Entre temps, Anita se marie à un certain Marcel Conti, un diplomate français qui lui laisse une totale liberté pour mener à bien ses travaux.
En 1935, ses articles sur la pêche sont remarqués et elle est engagée par O.S.T.P.M (Office Scientifique et Technique des Pêches Maritimes), ancêtre de l'Ifremer. Théoriquement chargée de la communication, elle se voit confier des missions en mer pour découvrir et étudier les techniques, les conditions et zones de pêche propices.
À bord du premier navire océanographique français, le « Président-Théodore-Tissier », puis de navire comme « Le viking », chassant la morue à Terre-Neuve, elle côtoie le quotidien de ces marins qui consacrent leur vie à l’océan. Habituée à la vie en mer, elle se fait rapidement une place dans les équipages exclusivement masculins et, armée de son seul bloc-notes et de son appareil photo, elle capture de nombreux clichés de cette vie en mer.
Entre courage et ténacité.
En 1940, la guerre éclate. Cette femme obstinée à la forte personnalité réussit grâce à ses connaissances maritimes à obtenir l’autorisation d’embarquer sur un navire réquisitionné en dragueur de mine. Elle est parmi les premières –si ce n’est la première- à naviguer sous l’égide de la Marine Nationale en temps de guerre.
Après avoir participé au déminage du port de Dunkerque et assisté à la mort de plusieurs camarades marins, la débâcle l’amène à embarquer à Marseille vers la côte africaine. Là-bas, elle découvre un nouveau monde, de nouveaux poissons et fonds marins. Elle ne cesse de s’interroger sur la meilleure façon de gérer ces ressources halieutiques (ressources liées à l’exploitation des fonds marins -pêche, poisson, crustacé, algue-…).
Elle rend donc un rapport sur la mauvaise gestion de celles-ci au gouvernement d’Alger et se voit confier la mission d’améliorer les techniques de pêche traditionnelles et la gestion de ces richesses. Lorsque la guerre s’achève, sa mission est renouvelée et elle accumule les prises de vues et les rapports scientifiques. Dès lors, il naît chez elle une véritable « fascination » pour les requins : elle s’étonne de leurs « extraordinaires facultés de perception » et de leur « intelligence ». C’est probablement de là que nous vient cette dent de requin-tigre que j’ai découverte par le plus grand des hasards.
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